Il existe des artistes qui choisissent sciemment de ne pas trop s’exposer, de faire leur musique à leur manière sans penser aux retombées médiatiques qu’il y aura derrière. Si la qualité était la seule raison au buzz, peu seraient connus aujourd’hui. Et cette qualité est une denrée rare car c’est en cherchant bien qu’on la trouve, en fouillant les moindres recoins des mixtapes parisiennes ou en scrutant les moindres apparitions. JP Manova (anciennement Mapaula), c’est d’abord une découverte personnelle, un coup de coeur pour une voix et un flow hors du commun, le tout teinté de paroles travaillées et imagées. Auditeur de l’Ecole du rap du 18e, tu ne peux qu’avoir déjà entendu cette signature vocale si particulière, tu t’es peut-être demandé qui se cachait derrière ce nom mystérieux. J’ai eu le privilège de rencontrer ce rappeur méconnu, voire inconnu, qui m’a aidée à mettre un visage sur ce pseudonyme, me dévoilant son parcours ainsi que sa vision personnelle du rap.
- C’est l’une des premières interviews que tu fais ?
On peut dire ça. J’en ai fait il y’a très longtemps à l’époque de Liaisons Dangereuses [ndlr : album de Doc Gynéco]. Il y’a eu quelques interviews suite à ça. Je n’y vois pas spécialement d’autre intérêt que de promotionner ce qu’on a à vendre et il s’avère que je n’avais rien à vendre. Je n’ai jamais été du genre à alimenter le vide ou à vouloir faire parler de moi sur d’autre sujet que celui de ma musique.
- L’initiative de cette interview était d’abord personnelle, moi-même n’ayant pas d’informations sur toi, je voulais en savoir plus et en faire profiter les autres…
C’est très bien et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai accepté. Ta démarche me correspond car tu ne m’as pas vu à la télé ou sur une vidéo d’un blog .Tu m’a entendu sur des couplets et tu as cherché à en savoir plus sur moi alors que je ne suis absolument pas connu. Ça m’intéresse plus de parler avec toi maintenant que quand j’aurais sorti mon album et que je devrais éventuellement jouer le jeu d’un plan promo.
- On doit désormais t’appeler JP Manova, pourquoi ce changement ?
Quand mes premières apparitions sont sorties dans le commerce, on m’a demandé quel nom je voulais mettre sur le disque. Je ne prenais tellement pas ça au sérieux que j’ai juste répondu de mettre mon prénom et mon nom de famille. Il s’avère que je ne suis pas le seul à m’appeler MAPAULA. C’est le patronyme d’une grande famille en Guadeloupe et si tu vas dans un coin particulier, tu verras en haut d’une colline plein de gens qui ont la même tête que moi et qui s’appellent comme moi (rires). Dès que tu sors de l’anonymat tu es soumis à la critique, positive ou négative. Je termine actuellement mon premier album et je ne souhaite pas que d’autres personne portant ce nom et notamment des enfants, puissent être affectés de près ou de loin par d’éventuelles attaques pour le moins fréquentes dans le rap. Si je voulais créer mon truc, il fallait que je prenne la responsabilité de le faire sous une identité qui me soit propre et que je me prête au jeu de cette vaste mise en scène (rires).
- Donc au départ tu rappais en tant que toi-même sans toute cette mise en scène ?
En fait, j’ai toujours eu envie d’avoir un rapport à la musique mais je n’ai jamais eu de rêve de gloire ou de désir de sortir de l’anonymat, juste de faire de la musique et de la faire connaître. J’aime beaucoup le jazz et je ne connais pas un jazzman qui se soit créé lui même un pseudonyme par exemple. C’était un peu dans cette même démarche, je n’avais même pas calculé le processus, et ce à quoi tu t’exposes, il m’a fallu du temps pour le comprendre.
- J’ai vu quelques-unes de tes apparitions sous d’autres pseudonymes : JP, Djeep Mapaula … (notamment sur le feat avec Rocé, Venu, Vu, Foutu sur la compilation Puissance Rap 2010).
Ah oui ! J’ai des potes qui m’appellent Djeep, c’est peut-être quelqu’un qui me connaissait à l’époque qui a mis ça sur le tracklisting, c’est peut être Dj Blaiz [ndlr : ce morceau est tiré de la compilation Appelle-Moi Mc de Dj Blaiz].
- Mais c’est JP sur Appelle-Moi MC pas Djeep …
C’est aussi parce que j’avais écrit pour plusieurs personnes, notamment pour Taïro [ndlr : le morceau Je ne t'aime plus] et j’écrivais sous le nom de Djeep ; tout s’est regroupé au final.
- N’as-tu pas peur que les gens ne fassent pas le rapprochement avec ce que tu as pu faire avant sous le précédent nom ?
Je ne crois pas que ce soit possible aujourd’hui avec le web, et c’est hallucinant de voir à quel point une information peut être véhiculée : même si quelqu’un n’a pas l’information aujourd’hui, il l’aura un autre jour. Tous ceux qui ont entendu parler de moi sont des gens qui sont en recherche d’informations sur moi. Tu peux avoir entendu un son sur lequel j’étais, mais si tu en as entendu deux, c’est que t’as cherché.








